Une cérémonie commémorative pour célébrer la mémoire du Docteur Jean Delenne
Ce samedi 30 août, la Municipalité de Jaujac a convié la population à un moment de mémoire et de recueillement, afin de rendre hommage au Docteur Jean Delenne, Maire de la Commune de 1959 à 1973.
La cérémonie, qui s’est déroulée au Sportissage, a réuni une centaine d’habitants, d’élus, d’anciens patients de celui qui a profondément marqué l’histoire de Jaujac.
La Maire, Marion Houetz, a salué dans son discours Messieurs Bardine, Rouchouse et Faton, à l’origine de cet hommage.
Elle a rappelé qu’au cours de son mandat, le Docteur Delenne s’est attaché à moderniser et à développer la commune, tout en restant toujours proche des habitants. Son action politique et son rôle de Conseiller départemental témoignaient d’une vision claire et généreuse pour l’Ardèche, qu’il voulait ouverte et solidaire.
Parallèlement à son engagement public, il fut un médecin de campagne dévoué, disponible jour et nuit pour soigner, accompagner et parfois réconforter. Beaucoup d’anciens Jaujacquois gardent encore le souvenir d’un homme attentif et profondément humain, qui n’hésitait pas à parcourir des kilomètres pour visiter ses patients.
La cérémonie a également permis au Maire rappeler un pan moins connu, mais tout aussi essentiel, de son parcours, son engagement dans la Résistance, où il fit preuve de courage et de détermination au service des valeurs de liberté et de justice : « Nous lui devons, comme à tant d’autres figures de l’Armée des ombres, une part de notre liberté. »
Moment fort de cet hommage, le dévoilement d’une plaque commémorative a eu lieu sur la façade du bâtiment du Sportissage. À l’issue de ce geste symbolique, il a été annoncé que ce lieu portera désormais le nom du Docteur Delenne, afin que son souvenir reste vivant dans la mémoire collective et auprès des générations futures.
La famille du Docteur Delenne, présente lors de la cérémonie, a partagé avec l’assemblée un instant particulièrement fort en émotions, empreint à la fois de fierté et de gratitude. Les mots de son fils, le Docteur Jean-Luc Delenne ont été particulièrement émouvants.
La commémoration s’est conclue par un pot de l’amitié, partagé dans un climat à la fois convivial et solennel, témoignant de la reconnaissance collective envers l’action et la mémoire de cet homme qui a tant donné à Jaujac et à ses habitants.
Voici le discours du Maire prononcé pour l'occasion :
Bonjour à tous,
Je tiens tout d’abord à vous remercier pour votre présence nombreuse à cette cérémonie en l’honneur du Docteur Jean Delenne, une grande figure de notre village.
Je vais commencer ce discours par procéder aux salutations d’usage :
- Mesdames et Messieurs les membres de la famille Delenne, j’excuse Monsieur Gérard Delenne qui n’a pas pu être parmi nous pour des raisons de santé ;
- Monsieur le Conseiller départemental ;
- Mesdames et Messieurs les anciens maires et élus de la Commune de Jaujac ;
- Mesdames et Messieurs les membres actuels du Conseil municipal de Jaujac ;
- Monsieur le Président de la section locale des Anciens combattants ;
- Messieurs les porte-drapeaux ;
- Monsieur Jean-Pierre Bardine, Dr Daniel Faton, et Monsieur Jean-Marc Rouchouse, sans qui cet hommage n’aurait peut-être pas vu le jour ;
- Chers Jaujacquois et Jaujacquoises ;
- Mesdames, Messieurs ;
À travers la plaque commémorative que nous dévoilons aujourd’hui, nous saluons plusieurs dimensions de la vie du Docteur Delenne, toutes aussi admirables les unes que les autres :
- Le résistant,
- Le médecin de campagne,
- Et l’élu, maire de Jaujac de 1959 à 1973, et aussi conseiller départemental de 1964 à 1973.
Je vais tenter de retracer, avec humilité, les grandes étapes de son existence. Pour cela, j’ai été aidée par plusieurs personnes, qui se reconnaîtront, et que je remercie chaleureusement.
Ensuite, ce sera Monsieur Patrick ROUVIÈRE, Président de la section locale des Anciens combattants qui prononcera un discours. Il sera suivi du Chant des partisans, l’hymne de la Résistance française, que nous lancerons pour un moment de recueillement.
Puis Jean-Luc DELENNE prononcera une allocution au nom de la famille Delenne.
Jean-Pierre BARDINE prendra la parole en tant qu’ancien Maire et au nom de la section locale du Parti Communiste français.
Enfin, Armand BADIA, Conseiller départemental, conclura les discours officiels.
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Né à Jaujac, dans notre Ardèche faite de vallées, de rivières et de silence, où l’on apprend tôt la valeur du travail, de la discrétion et des liens tissés avec les autres, Jean Delenne était un enfant du pays. Il a grandi entre les murets de pierre, les châtaigniers et les récits de veillée.
À l’aube de sa vie adulte, il « monta à la ville » pour rejoindre l’armée et entamer une formation de médecin militaire. Direction Lyon.
Mais l’Histoire, avec un grand « H », en décida autrement. Car nous étions en 1939, et que fut déclarée la guerre. On croyait qu’elle serait courte. On parlait de "drôle de guerre". En 1940, le 7 janvier, Jean Delenne est incorporé à la section Santé Militaire de Valence puis affecté au 35ème Régiment d’Artillerie Divisionnaire. Mais en mai 1940, les chars allemands traversèrent la Belgique. Le chaos s’abattit sur la France. Jean Delenne ne savait pas encore qu’il ne reviendrait pas de sitôt à Jaujac. Comme tant d’autres jeunes soldats français, il fut envoyé à l’Est de l’Europe.
L’armée française s’effondra, et Jean fut fit prisonnier le 27 juin 1940 en Autriche, au Stalag XVIII C. Lui, le garçon de Jaujac, habitué aux sentiers boisés et aux cloches des troupeaux, se retrouvait au milieu de la débâcle, mal équipé, mal commandé, comme tant d’autres.
Interné, il ne se résigna pas. Avec certainement une audace folle, il s’évada du camp de prisonniers. On l’imagine, traversant forêts et montagnes. Il parvient à rejoindre la France libre, puis l’Ardèche. Il retrouva son frère, retrouva les siens… mais pas pour rester à l’écart.
Là, démobilisé en août 1941, chez lui, il aurait pu rester dans l’ombre. Mais non. La guerre était encore là. Alors Jean Delenne reprit le combat, autrement. Il s’engagea dans les FFI, la Résistance intérieure française, au sein de la brigade de Largentière.
Il était Sous-Lieutenant FFI, fort de notions médicales et de ce savoir empirique des gens du pays. Il s’occupa de ses camarades blessés, pansant les plaies dans les bois, sous les étoiles, entre deux opérations de sabotage. On l’imagine, pas encore médecin, mais ayant déjà ce regard attentif, ces mains sûres et cette présence apaisante.
Et quand le front se rapprocha, Jean Delenne fit encore un pas en avant. Il rejoignit les groupes engagés dans les combats décisifs. Il participa à la Libération des Alpes, aux côtés d’autres résistants et de l’armée française reconstituée. Il fut de ceux qui ont aidé à repousser l’occupant, village après village, col après col, jusqu’à ce que le drapeau tricolore flotte à nouveau sur les hauteurs.
Après la guerre, Jean Delenne revint à Jaujac, sans bruit. Il ne demanda rien. Il ne chercha ni honneur, ni reconnaissance. Comme me l’ont expliqué ses fils, il n’a jamais fait état de son histoire.
Mais nous, aujourd’hui, nous nous souvenons de lui comme Résistant. Nous lui devons, comme à tant d’autres figures de l’Armée des ombres, une part de notre liberté.
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À la Libération, Jean Delenne devint médecin. C’est maintenant dans ce discours, au médecin de campagne, que je souhaite rendre hommage.
Il débuta sa carrière à Largentière, où il rencontra à la Fête de l’école, celle qui deviendra son épouse, l’institutrice du village. Ils se marièrent, s’installèrent à Jaujac, et le Docteur ouvrit son premier cabinet, d’abord près de l’ancienne maison de retraite, puis dans la maison Vigier.
À une époque où la désertification médicale était une réalité quotidienne, Jean Delenne était alors l’unique médecin de Jaujac. Seuls les docteurs Lemoine et Haon exerçaient respectivement à Lalevade et Thueyts.
Pendant des décennies, il a parcouru nos chemins, souvent de jour comme de nuit, parfois dans des conditions difficiles, pour soigner, rassurer, écouter. Il a accompagné des générations entières, soignant les petits bobos comme les grandes douleurs.
Je ne résiste pas à l’envie de lire un extrait du magazine « Heures Claires » de 1963, qui m’a été transmis par sa famille. Le Docteur Delenne y décrit son quotidien : « Je fais encore une douzaine d’accouchements à domicile, par an. Et presque toujours dans les fermes les plus isolées, les plus pauvres. Dans celle-là, il fallait aller chercher l’eau à une source située à 100m de la maison. Il n’y avait ni gaz butane, ni même électricité : une lampe à pétrole éclairant la chambre. Tout semblait aller normalement lorsque, à 2h du matin, le travail se compliqua brusquement. Il fallait utiliser les forceps. Le cadre se prêtait fort mal à cette opération. Je réussis à convaincre la jeune femme de se laisser transporter à la maternité d’Aubenas. Mais il fallait l’amener jusqu’à la route. Je la revois, sur ce brancard qui oscillait à chacun de nos pas : nous nous enfoncions dans la neige jusqu’aux genoux et la pente est abrupte… A mesure que le temps passait, les chances de vie de l’enfant diminuaient. Nous étions trempés jusqu’au ventre. Mais changer de vêtements, c’était peut-être perdre le gosse. Alors j’ai opéré comme ça. Un bel enfant. Sa mère en est bien fière ».
Il est donc le premier visage que beaucoup ici ont vu en venant au monde. On imagine que soigner, pour lui, n’était pas un acte technique, c’était un engagement humain.
En rendant hommage au docteur Delenne nous saluons aussi une époque, une manière d’exercer, et surtout, une grande humanité.
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Mais l’engagement du Docteur Jean Delenne ne s’est pas arrêté à la porte de son cabinet. Il a aussi mis son énergie, sa droiture et son amour du bien commun au service de sa commune.
Élu maire le 20 mars 1959 à la suite d’Abel TEYSSIER, il le restera pendant 14 ans. Ce fut des mandats de transformation et de modernisation, menés avec rigueur, vision et un sens aigu du bien commun. Avec la même humilité, la même constance, il travailla pour l’intérêt de tous, veillant sur les habitants comme il avait veillé sur ses compagnons de Résistance puis ses patients.
Parmi ses réalisations majeures, comment ne pas évoquer le grand chantier de l’adduction d’eau potable, fondamental pour le développement et la salubrité de notre village, accompagné de la création d’une station de stérilisation et du développement du réseau d’égouts. Ces infrastructures, qui paraissent aujourd’hui évidentes, ont été le fruit d’un travail long et visionnaire.
Il a aussi œuvré pour notre réseau routier : la création ou la réfection des chemins de Ladreyts, de Pomaret, le Chastelas, Sénentilles, Laulagnet, les Hugoux, ou encore les travaux sur les ponts du Chastelas et de Chambelasse.
Il a travaillé pour la vie quotidienne en aménageant des logements d’instituteurs, en agrandissant le cimetière, ou encore en créant des gîtes dans le château de Castrevieille, valorisant ainsi notre patrimoine.
Mais le mandat du Dr Delenne fut aussi marqué par l’imprévu, par la tragédie du crash aérien de 1963. Là encore, son sang-froid, son sens des responsabilités et sa capacité à mobiliser ont été exemplaires. Il a su, dans ce moment de crise, organiser les secours, puis la démolition des immeubles endommagés, et obtenir un financement du Ministère des Armées. Il a tiré profit de ce drame pour reconstruire, pour créer une nouvelle voie – la route de la Poste, et même engager la réfection du clocher de l’église. Cette gestion de crise force encore aujourd’hui notre admiration.
Sur le plan des équipements, il a su doter la commune de véhicules pour l’entretien des chemins, l’enlèvement des ordures ménagères, et même pour les sapeurs-pompiers, répondant ainsi à des besoins très concrets.
Il a su faire progresser notre village dans la modernité : l’installation du téléphone en mairie dès 1959, la transformation des deux écoles spéciales en une école mixte, l’adhésion au syndicat d’électricité, et les travaux d’éclairage public ont marqué un tournant vers un service public plus efficace et plus juste.
Son action s’est aussi tournée vers l’avenir et la jeunesse : avec l’installation du centre de vacances de Bobigny, la création du terrain de football et de ses vestiaires.
Et comment ne pas saluer son engagement dans la défense du territoire, lorsqu’il s’est opposé à la fermeture de la ligne SNCF Le Teil – Alès – Lalevade, dernier lien ferroviaire pénétrant au cœur de notre département. Il portait déjà cette conscience que le désenclavement est un enjeu vital pour nos territoires.
Conseiller général du canton de Thueyts, il a également défendu notre bassin de vie à l’échelle départementale, avec cette même intégrité, cette rigueur tranquille qui faisaient de lui un homme profondément respecté.
En tant que maire de Jaujac pendant 14 années, il a accompagné la modernisation de notre village, avec un sens aigu de l’intérêt général, une vision juste des besoins de notre territoire, et une attention constante portée aux habitants. Il restera une figure de référence, un modèle d’engagement et de rigueur pour les générations d’élus à venir.
D’ailleurs, je vous invite toutes et tous à garder en mémoire l’action du Docteur Delenne, non comme une page tournée, mais comme un socle solide sur lequel nous continuons de construire l’avenir de notre village.
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Usé par les années, il quitta sa fonction de maire. Mais fidèle à ses convictions, il ne cessa pas d’agir. Il rejoignit la commune de Bobigny, alors dirigée par Georges Valbon, pour travailler dans un dispensaire communal.
Ce choix est profondément révélateur de l’homme qu’il était : un humaniste, engagé, solidaire. Un médecin pour qui la santé n’était pas un privilège, mais un droit. Pour qui soigner, c’était avant tout tendre la main à celles et ceux qui en avaient le plus besoin.
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Aujourd’hui, en prononçant son nom, nous rendons hommage à une vie entière donnée aux autres, dans l’ombre et dans la lumière, dans les combats comme dans les responsabilités civiles, dans la fidélité et l’humilité.
Nous saluons un homme droit, discret, courageux, et profondément humain. Un homme qui incarne ce que Jaujac a de plus précieux : la solidarité, le respect des autres, l’attachement à notre terre et à notre histoire.
Le Docteur Delenne a profondément marqué Jaujac, non seulement par les fonctions qu’il a exercées, mais surtout par la force de ses convictions.
Puisse sa mémoire continuer de vivre ici, parmi nous. Puisse son exemple nous guider, nous inspirer, et nous rappeler que le vrai courage est souvent silencieux, mais toujours essentiel.
Je vous remercie de votre écoute.
















